- Quoi · une semaine de vacances scolaires « flottante », que chaque famille placerait où elle veut dans l’année, en échange d’une semaine du calendrier officiel (celle de février, par exemple).
- Qui & quand · Jean Viard, sociologue, directeur de recherche au CNRS (CEVIPOF, Sciences Po), invité de France Bleu Pays de Savoie le 27 août 2024, après un entretien publié par Ouest-France le 20 août 2024.
- Pourquoi ça compte · la saturation estivale ne vient pas du nombre de visiteurs seul, mais de leur concentration au même endroit au même moment.
Réguler le tourisme plutôt que le subir #
L’été 2024 s’achève sur des tensions visibles : manifestations contre le tourisme de masse à Barcelone, en Andalousie et aux Baléares, sites français saturés. En Savoie et en Haute-Savoie, la radio publique citait Annecy, Aix-les-Bains ou Chamonix l’été, et les stations de ski l’hiver. C’est dans ce contexte que Jean Viard a été invité à l’antenne. Sa lecture tient en une phrase : le problème n’est pas la fréquentation, c’est la simultanéité.
Comprendre le surtourisme #
Dans l’entretien publié une semaine plus tôt par le quotidien Ouest-France, la concentration touristique est reliée à une absence de politique publique du tourisme. Ce n’est donc pas une fatalité démographique : c’est un calendrier commun à des millions de personnes, plus quelques lieux rendus incontournables par les réseaux sociaux et les séries. Le surtourisme, sous cet angle, est d’abord un problème de synchronisation — celui-là même que produit un calendrier scolaire identique pour tous à l’intérieur de chaque zone.
Des propositions concrètes #
La proposition centrale est très circonscrite, et c’est ce qui la rend discutable point par point.
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Le sociologue oppose explicitement cette voie à une quatrième, qu’il juge injuste : la régulation par le prix. Elle fonctionne — le ski en est l’exemple qu’il donne — mais elle réserve l’accès aux milieux les plus aisés et creuse les inégalités.
Les bénéfices d’un tourisme étalé #
L’argument ne relève pas que du confort. Partir hors des pics, c’est trouver des lieux respirables, mais aussi des tarifs plus bas : un enjeu de pouvoir d’achat autant que d’écologie. C’est aussi la logique de nos articles sur les destinations les plus abordables : le calendrier pèse souvent plus lourd sur la facture que le choix du lieu.
Sur la Calanque de Sormiou, à Marseille, il cite l’ordre de grandeur d’une fréquentation ramenée de 2 000 personnes par jour à un plafond de 800, avec inscription préalable — un exemple qu’il donne à l’antenne pour illustrer ce que produit une jauge assumée.
Des vacances qui font sens #
Reste que l’idée touche à l’école, et pas seulement au tourisme. C’est là que la proposition devient franchement clivante : elle suppose d’accepter que des enfants manquent des heures de classe pour lisser les flux touristiques. Jean Viard ne l’élude pas et reconnaît lui-même que le monde enseignant est « déjà assez critique » sur ce point. Sa réponse consiste à replacer le sujet dans l’histoire du temps social.
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Vers un changement de mentalité #
Le calendrier scolaire français est découpé en trois zones précisément pour désynchroniser les départs. La semaine flottante pousserait ce principe à l’échelle de la famille plutôt que de la zone. Avant d’imaginer un tel déplacement, encore faut-il savoir de quoi l’on parle : nous avons détaillé le fonctionnement des zones et des périodes dans notre guide des dates de vacances scolaires. Le débat sur l’usage collectif des congés n’est d’ailleurs pas neuf : il rejoint celui, plus large, sur le partage des congés payés.
Voyager autrement pour préserver les lieux #
Deux ans après cet entretien, la semaine flottante n’est pas entrée dans le calendrier scolaire. Elle reste ce qu’elle était en août 2024 : une proposition de chercheur, formulée à l’antenne, qui a le mérite de nommer le vrai levier — le temps, pas le nombre. Pour le lecteur, la traduction est immédiate : décaler d’une semaine, viser la basse saison, préférer un territoire moins couru — trois réflexes utiles avant de partir en vacances. C’est aussi ce que raconte, en creux, la façon dont le tourisme de masse se transforme.
- La proposition est une semaine scolaire « flottante », échangée contre une semaine du calendrier officiel — pas une semaine de congé en plus.
- Elle a été formulée par Jean Viard, sociologue, directeur de recherche au CNRS (CEVIPOF), le 27 août 2024 sur France Bleu Pays de Savoie, une semaine après un entretien à Ouest-France.
- Elle n’est pas isolée : Jean Viard cite aussi la jauge avec réservation et une politique de diffusion vers des territoires moins visités.
- Il refuse la régulation par les prix, qui réserverait l’accès aux ménages aisés.
- Le principal point de friction est scolaire, pas touristique : des heures de classe manquées, une objection qu’il assume.
Questions fréquentes #
Cette interview a-t-elle vraiment eu lieu ?
Qui est Jean Viard ?
Une famille peut-elle déjà retirer son enfant de l’école une semaine ?
Quelles autres pistes cite-t-il contre le surtourisme ?
- ICI (ex-France Bleu Pays de Savoie), 27 août 2024 — interview par Anne Chovet, retranscription intégrale d’où sont tirées les citations.
- Ouest-France, 20 août 2024 — entretien recueilli par Mathilde Golla (article réservé aux abonnés).