Interview : Jean Viard suggère de permettre aux familles de voyager en dehors des périodes de vacances scolaires pour lutter contre le surtourisme.

Entretien du 27 août 2024 · France Bleu Pays de Savoie
Interrogé sur le surtourisme à la fin de l’été 2024, le sociologue Jean Viard a mis sur la table une idée précise : offrir à chaque famille une semaine de congé scolaire « flottante », détachable du calendrier commun. L’objectif n’est pas de faire voyager plus, mais de faire voyager ailleurs et autrement dans le temps.
L’essentiel
  • Quoi · une semaine de vacances scolaires « flottante », que chaque famille placerait où elle veut dans l’année, en échange d’une semaine du calendrier officiel (celle de février, par exemple).
  • Qui & quand · Jean Viard, sociologue, directeur de recherche au CNRS (CEVIPOF, Sciences Po), invité de France Bleu Pays de Savoie le 27 août 2024, après un entretien publié par Ouest-France le 20 août 2024.
  • Pourquoi ça compte · la saturation estivale ne vient pas du nombre de visiteurs seul, mais de leur concentration au même endroit au même moment.
dans cette interview exclusive, jean viard propose des solutions innovantes pour lutter contre le surtourisme en permettant aux familles de voyager en dehors des périodes de vacances scolaires. découvrez ses recommandations et l'impact d'un tourisme plus étalé sur l'environnement et l'économie locale.

Réguler le tourisme plutôt que le subir #

L’été 2024 s’achève sur des tensions visibles : manifestations contre le tourisme de masse à Barcelone, en Andalousie et aux Baléares, sites français saturés. En Savoie et en Haute-Savoie, la radio publique citait Annecy, Aix-les-Bains ou Chamonix l’été, et les stations de ski l’hiver. C’est dans ce contexte que Jean Viard a été invité à l’antenne. Sa lecture tient en une phrase : le problème n’est pas la fréquentation, c’est la simultanéité.

« Il faut travailler sur le temps et sur les lieux. Il y a concentration parce qu’on va au même endroit au même moment. »Jean Viard, France Bleu Pays de Savoie, 27 août 2024

Comprendre le surtourisme #

Dans l’entretien publié une semaine plus tôt par le quotidien Ouest-France, la concentration touristique est reliée à une absence de politique publique du tourisme. Ce n’est donc pas une fatalité démographique : c’est un calendrier commun à des millions de personnes, plus quelques lieux rendus incontournables par les réseaux sociaux et les séries. Le surtourisme, sous cet angle, est d’abord un problème de synchronisation — celui-là même que produit un calendrier scolaire identique pour tous à l’intérieur de chaque zone.

Des propositions concrètes #

La proposition centrale est très circonscrite, et c’est ce qui la rend discutable point par point.

À lire Quels sont les meilleurs endroits à visiter en France ?

01
La semaine flottante
Chaque famille pourrait retirer son enfant de l’école une semaine, au moment de son choix, en échange d’une semaine du calendrier officiel.
02
La régulation numérique
Jauges et réservation préalable sur les sites les plus exposés, comme cela se pratique déjà pour la Tour Eiffel ou le Louvre.
03
La diffusion dans l’espace
Une politique touristique qui fait connaître des territoires moins visités, plutôt que de laisser les flux se déverser aux mêmes adresses.

Le sociologue oppose explicitement cette voie à une quatrième, qu’il juge injuste : la régulation par le prix. Elle fonctionne — le ski en est l’exemple qu’il donne — mais elle réserve l’accès aux milieux les plus aisés et creuse les inégalités.

Les bénéfices d’un tourisme étalé #

L’argument ne relève pas que du confort. Partir hors des pics, c’est trouver des lieux respirables, mais aussi des tarifs plus bas : un enjeu de pouvoir d’achat autant que d’écologie. C’est aussi la logique de nos articles sur les destinations les plus abordables : le calendrier pèse souvent plus lourd sur la facture que le choix du lieu.

« Des familles pourraient partir quand il y a moins de monde, et quand les prix sont donc moins chers. »Jean Viard, même entretien

Sur la Calanque de Sormiou, à Marseille, il cite l’ordre de grandeur d’une fréquentation ramenée de 2 000 personnes par jour à un plafond de 800, avec inscription préalable — un exemple qu’il donne à l’antenne pour illustrer ce que produit une jauge assumée.

Des vacances qui font sens #

Reste que l’idée touche à l’école, et pas seulement au tourisme. C’est là que la proposition devient franchement clivante : elle suppose d’accepter que des enfants manquent des heures de classe pour lisser les flux touristiques. Jean Viard ne l’élude pas et reconnaît lui-même que le monde enseignant est « déjà assez critique » sur ce point. Sa réponse consiste à replacer le sujet dans l’histoire du temps social.

À lire Voyage : la clé du bonheur?

« Le temps de la société est en train d’être souple et le temps de l’école est resté rigide comme dans les années 70. »Jean Viard, France Bleu Pays de Savoie, 27 août 2024

Vers un changement de mentalité #

Le calendrier scolaire français est découpé en trois zones précisément pour désynchroniser les départs. La semaine flottante pousserait ce principe à l’échelle de la famille plutôt que de la zone. Avant d’imaginer un tel déplacement, encore faut-il savoir de quoi l’on parle : nous avons détaillé le fonctionnement des zones et des périodes dans notre guide des dates de vacances scolaires. Le débat sur l’usage collectif des congés n’est d’ailleurs pas neuf : il rejoint celui, plus large, sur le partage des congés payés.

découvrez l'interview de jean viard, qui propose des solutions innovantes pour réduire le surtourisme en permettant aux familles de voyager en dehors des vacances scolaires. une réflexion essentielle sur les enjeux du tourisme contemporain.
@france3grandest

L’Alsace est-elle victime de surtourisme ? tourisme surtourisme #Alsace ♬ son original – France 3 Grand Est – France 3 Grand Est

Voyager autrement pour préserver les lieux #

Deux ans après cet entretien, la semaine flottante n’est pas entrée dans le calendrier scolaire. Elle reste ce qu’elle était en août 2024 : une proposition de chercheur, formulée à l’antenne, qui a le mérite de nommer le vrai levier — le temps, pas le nombre. Pour le lecteur, la traduction est immédiate : décaler d’une semaine, viser la basse saison, préférer un territoire moins couru — trois réflexes utiles avant de partir en vacances. C’est aussi ce que raconte, en creux, la façon dont le tourisme de masse se transforme.

À retenir
  • La proposition est une semaine scolaire « flottante », échangée contre une semaine du calendrier officiel — pas une semaine de congé en plus.
  • Elle a été formulée par Jean Viard, sociologue, directeur de recherche au CNRS (CEVIPOF), le 27 août 2024 sur France Bleu Pays de Savoie, une semaine après un entretien à Ouest-France.
  • Elle n’est pas isolée : Jean Viard cite aussi la jauge avec réservation et une politique de diffusion vers des territoires moins visités.
  • Il refuse la régulation par les prix, qui réserverait l’accès aux ménages aisés.
  • Le principal point de friction est scolaire, pas touristique : des heures de classe manquées, une objection qu’il assume.

Questions fréquentes #

Cette interview a-t-elle vraiment eu lieu ?
Oui, et deux fois. Un entretien écrit, recueilli par Mathilde Golla, a été publié par Ouest-France le 20 août 2024. Une interview radio, menée par Anne Chovet dans « L’invité de 7h45 » de France Bleu Pays de Savoie, a été diffusée et retranscrite le 27 août 2024. Les citations de cette page proviennent de cette seconde retranscription.
Qui est Jean Viard ?
Sociologue, directeur de recherche au CNRS, rattaché au CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po). Il travaille depuis des décennies sur les « temps sociaux » : vacances, temps libre, 35 heures, mobilités. Ouest-France le présente comme co-auteur, avec David Medioni, de L’an zéro du tourisme (Éditions de l’Aube).
Une famille peut-elle déjà retirer son enfant de l’école une semaine ?
Non, pas à ce titre. L’instruction est obligatoire et les absences doivent être justifiées auprès de l’établissement. La semaine flottante décrite ici est une proposition de débat public, pas un droit existant : il faut se référer au calendrier officiel et à l’établissement pour toute absence.
Quelles autres pistes cite-t-il contre le surtourisme ?
La régulation numérique des flux — réservation et jauge, comme à la Tour Eiffel ou au Louvre — et une politique touristique qui fasse connaître des lieux moins fréquentés. Il rejette en revanche la hausse des prix comme outil de régulation.
Sources

urbania-vacances.fr - Voyagez facilement est édité de façon indépendante. Soutenez la rédaction en nous ajoutant dans vos favoris sur Google Actualités :

site internet pas cher · consultant SEO Bordeaux